Sortie de l’euro : le FN ouvre un débat à hauts risques

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Le Front national tient ce vendredi et samedi, à huis clos, un séminaire de « refondation ».

Trois mois après la présidentielle, la question de l’abandon de la sortie de l’euro est sur la table du FN. Elle sera l’un des thèmes des débats du séminaire de réflexion que le parti ­d’extrême droite tient vendredi et samedi à Nanterre, à huis clos. Ce séminaire, première étape vers le congrès de mars 2018, sera « la base de la refondation du Front national », a affirmé Marine Le Pen, qui ne s’interdit rien et reconnaît publiquement le caractère « anxiogène » de la sortie de l’euro.

Pas un jour ne passe ou presque, depuis l’échec cinglant de la candidate au second tour , sans qu’un cadre frontiste sorte du bois pour réclamer l’abandon de cette mesure. « Les Français ont refusé ce programme, il ne faut pas en faire une obsession », insiste notamment Bernard Monot, stratégiste économique et député européen FN. Fervent partisan de la sortie de la monnaie unique, cet économiste proche de Marine Le Pen a mis en sourdine ses convictions : « Même si, économiquement, nous avons raison, politiquement nous avons tort. » Il présentera donc ce week-end, au séminaire, un programme eurocompatible qu’il qualifie de  « ligne politique patriote et euro-réformiste : ni subir l’Union européenne ni sortir de l’Union européenne ».

De vifs désaccords

Mais ce revirement stratégique, qui tend à devenir majoritaire au sein du FN, rencontre une forte opposition en la personne de son vice-président, Florian Philippot, affaibli en interne par le revers de Marine Le Pen à la présidentielle et par son ­propre échec aux législatives. Dans une note publiée cette semaine, l’eurodéputé dénonce la position dangereuse et contra­dictoire de ceux pour qui « par une sorte de pensée magique, il suffirait que le FN renonce à la sortie de l’euro pour qu’il atteigne 50 % des voix ». Il menace de quitter le parti si la sortie de l’euro est actée.

Les désaccords sont vifs dans le cercle rapproché de la pré­sidente du FN. « Il y a une oppo­sition entre ceux qui, comme ­Philippot, considèrent que l’euro est un problème structurel et ceux qui, comme moi, considèrent que ça n’en est pas un et qui mettent la priorité sur la question de l’identité et de l’immigration », relève Philippe Olivier, un très proche conseiller de Marine Le Pen. Mais le choix entre ces deux options est cornélien et dans les deux cas coûteux. « Le FN est bloqué s’il ne renonce pas à la sortie de l’euro et il perd en singularité s’il y renonce », résume un élu de droite.

Tout le projet économique du FN qui s’effondre

Si Louis Aliot, vice-président du Front national et compagnon de Marine Le Pen, dit ne pas croire « à un abandon pur et simple » de la sortie de l’euro à l’issue du séminaire, l’embarras des responsables frontistes est palpable. Car avec la sortie de l’euro, c’est tout le projet économique du FN qui s’effondre, Marine Le Pen ayant elle-même reconnu que, sans cette mesure, elle ne pouvait « pas mettre en oeuvre 70 % » de son programme. « Philippot pose une question pertinente : si on ne sort plus de l’euro, est-ce qu’on a les moyens de retrouver notre souveraineté nationale ? Le risque de contradiction est présent et, quoi qu’il en soit, il sera difficile d’expliquer cette volte-face », prévient le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, qui se demande si le FN n’est pas « condamné à rester durablement un parti politique obtenant entre 15 % et 20 % des voix ».

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Mathieu, 24 ans, est en 3ème année de Licence Economie à la Sorbonne. Il se passionne pour l’économie nationale et mondiale et la politique macro-économique.